Ils se tenaient là, dans l'ombre, depuis des heures. Quand se rendrait-on compte de leur absence prolongée ? Sûrement pas avant plusieurs jours, réfléchit Temperance. Les yeux masqués d'un bandeau, elle ne pouvait savoir quelle distance exactement la séparait de Booth et des trois autres otages, mais elle entendait une respiration rapide à ses côtés. Probablement celle de l'enfant qui leur avait servi de guide jusqu'au cadavre...
Comment cela avait-il commencé ? Ah oui, la fameuse conférence dans le Minnesota, les nombreuses recherches de Booth pour découvrir quel groupe armé du Moyen Orient l'avait autrefois torturé lorsqu'il était Rangers... Puis cet appel... Tout était si confus... Angela, Hodgins et Zack n'attendraient pas de nouvelles avant plusieurs semaines, elle leur avait annoncé son intention de prendre quelques semaines de vacances. Cette année avait été particulièrement difficile...
L'arrivée de l'un des preneurs d'otages interrompit le cheminement de ses pensées. Le temps d'un repas, ils eurent tous la possibilité de retirer le tissu qui leur recouvrait les yeux et la bouche. Ils eurent même l'autorisation de faire quelques pas. Booth, qui avait repéré Brennan dans un coin de la pièce, s'arrangea pour venir s'installer à ses côtés. Son assurance habituelle avait disparu, son regard était perdu dans le vide. Au moment de reprendre leurs inconfortables positions, Tempe décida de tenter quelque chose.
- S'il vous plait ! s'exclama-t-elle en voyant arriver l'inconnu vers elle. S'il vous plait, pourriez-vous nous laisser la bouche libre, que nous puissions au moins respirer correctement !
- Bones... Ne commencez pas à demander des faveurs... la prévint Booth, sorti de sa torpeur au son de la voix de sa partenaire.
- Booth, cet enfant est terrifié, sa respiration est de plus en plus difficile ! lui souffla-t-elle en un murmure. S'il vous plait, comprenez-vous ce que je vous demande ? demanda-t-elle enfin à son interlocuteur en un arabe littéraire presque parfait.
- Combien de langues parlez-vous donc ? l'interrogea Booth d'un air étonné. Temperance n'eut pas le temps de répondre...
- Vous savez, Docteur Brennan, je suis né aux Etats-Unis, et par conséquent je parle très bien l'anglais...
- Bonjour la subtilité, Bones ! Vous l'avez vexé !
- Je ne veux pas que vous puissiez appeler des secours.
- A quoi cela servirait-il ? Nous sommes probablement en rase campagne ou, si tel n'est pas le cas, dans une zone désaffectée ou encore en sous-sol...
- Ne commencez pas à faire la maligne, Docteur Brennan, si vous souhaitez épargner à votre cher collègue la perte de son genou gauche...
- Vous me connaissez ?
- J'ai lu votre livre et je connais tous vos travaux... Vous êtes très intelligente.
- On me l'a déjà dit, en effet. Puis-je savoir pour quelle raison sommes-nous ici ?
L'homme se rendit compte qu'il avait déjà beaucoup trop parlé et s'approcha d'elle avec le foulard. S'il vous plait... le supplia-t-elle.
Il s'arrêta. Booth et Bones étaient les deux dernières personnes dont il ne s'était pas encore occupé. Il approcha le bandeau du visage de Brennan et, en définitive, le lui posa sur les yeux. Il fit de même pour son partenaire. Avant de partir, il leur distribua à tous une fine couverture, les prévenant que la nuit serait fraîche.
- Bravo, Bones ! la félicita l'agent Booth
- Ne m'appelez pas Bones ! le réprimanda-t-elle. Mais elle avait le sourire. Ces compliments lui allaient toujours droit au c½ur.
- Si je puis me permettre une remarque, vous devriez sourire plus souvent, Docteur Brennan.
- Comment savez-vous que je souris, agent Booth ? lui demanda-t-elle avec sarcasme.
- Parce que vous souriez tout le temps, ces derniers temps, lorsque vous me faites cette remarque... Vous devriez d'ailleurs le faire plus souvent...
- Booth, je vous ai déjà dit de ne pas user de vos expressions charmeuses sur moi !
- Excusez-moi...
Ils restèrent muets pendant plusieurs heures, ce court échange avait réveillé de nombreux sentiments...
La nuit allait certainement tomber maintenant, la température à l'intérieur de la salle descendait rapidement. Booth avait entendu le mouvement des autres otages qui se resserraient pour se tenir plus chaud, mais il n'osa pas bouger.
Ce fut Brennan qui, la première, tenta de réagir au froid. Elle sentait frissonner à sa droite le corps frêle du petit garçon dans les bras de son père. Tant bien que mal, elle prit la couverture que l'inconnu lui avait donnée et la lui posa sur les épaules. Il lui adressa quelques mots d'une voix faible et s'endormit. Elle se retrouvait désormais en débardeur. L'automne se finissait et, si la température de jour était encore fort agréable, elle avoisinait les 0°C la nuit et l'on pouvait supposer que la température qui règnerait dans la pièce n'en serait pas loin dans quelques heures. Où se trouvaient-ils donc ? Elle fit preuve de toute la volonté dont elle était capable pour s'empêcher de frissonner afin de retarder le plus longtemps possible la sensation de froid. Bien que ne la voyant pas, Booth se rendit compte des efforts qu'elle fournissait et décida d'agir. Lui-même n'avait plus très chaud et ne pourrait résister seul très longtemps contre le froid qui l'engourdissait peu à peu.
Il tâtonna sur le sol, cherchant le corps de son amie. Lorsqu'il en trouva un, il approcha ses mains du visage, essayant de la reconnaître...
- Bones... Elle sursauta mais ne réagit pas au surnom. Elle avait bien trop sommeil. Bones, il faut que l'on se rapproche si l'on ne veut pas mourir de froid.
- Je le sais.
- Quelle position préférez-vous ?
- Pardon ? Elle se retourna vers lui.
- Et bien, une fois installés, il ne faudra plus bouger. Je vous demande donc quelle position vous souhaitez adopter.
- Ah...
- Vous aviez cru...
- Je n'ai rien cru du tout, Booth ! Elle reprit sa position.
- Si vous le dites... Je me mets juste derrière-vous, cela vous convient-il ?
- Oui, oui... Du moment que vous vous contentez de dormir...
- Bones !
- Je plaisantais, Booth. Cela arrive à tout le monde, même à moi !
Ils restèrent immobiles pendant un certain temps, serrés l'un contre l'autre.
- Booth ? demanda Tempe d'une voix ensommeillée. Booth !
- Mmm...
- Qu'est-ce que ce « truc » dur que je sens contre mes reins ?
- Pas de méprise, Bones, ce ne sont que mes mains. Comme vous, on me les a attachées devant moi.
- C'est assez... Gênant, pour ainsi dire.
- Voudriez-vous que l'on inverse nos places ?
- Non, non... Ca ira, Booth, merci.
- Ou alors...
- Oui ?
- J'ai une autre idée, qui nous tiendra sûrement plus chaud et qui vous gênera moins... Mais elle implique que nous soyons un peu plus serrés... Voulez-vous essayer ?
- Cela ne peut pas être pire de toute manière...
- Asseyez-vous...
Temperance obtempéra. Booth écarta les coudes autant que le lien qui lui reliait les mains le lui permettait et prit sa partenaire dans ses bras. Ainsi qu'il l'avait prévu, ses bras s'emboîtaient à la perfection dans le creux de ses hanches et ne la gênait nullement. Brennan sentait son souffle sur sa nuque, Booth sentait battre son c½ur contre sa poitrine. Ni l'un ni l'autre n'avait plus envie de dormir. De mémoire, ils n'avaient encore jamais été aussi proches l'un de l'autre. Certes, leurs visages s'étaient déjà frôlés de nombreuses fois mais jamais leurs corps. Ils restèrent un long moment silencieux sous le coup de l'émotion qui s'était emparée de leurs esprits. Ce fut Brennan qui, une fois encore, brisa la glace.
- Booth... Avez-vous trouvé ce que vous étiez venu chercher ici ?
- Le cadavre ?
- Non, je veux dire... A propos de... Ce qui s'est passé au Moyen-Orient... A propos de votre passé...
- Notre chère Docteur Brennan se lancerait-elle dans la subtilité ? se moqua-t-il.
- Booth, s'il vous plait, arrêtez vos sarcasmes.
- Je suis désolé.
- Alors ?
Booth ne répondit pas à sa question mais Temperance sentit des larmes couler dans ses cheveux. Avec habileté et douceur, elle se retourna vers lui tout en veillant à ne pas écraser ses bras. Son visage était bienveillant et plein de compassion pour cet homme qu'elle commençait à bien connaître et qu'elle n'avait encore jamais vu pleurer. De ses deux mains et avec toute la douceur donc elle fut capable, elle essuya ses larmes, passa ses bras autour de son cou et attira sa tête vers elle. Calmement, elle le berça et, petit à petit, la respiration de Booth redevint normale. Ils restèrent un moment ainsi, Brennan baisait ses cheveux, Booth lui caressait le dos. Jamais encore ils n'avaient rien vécu de pareil.
- Temperance ? Il se dégagea doucement, son ton était grave et sérieux, sa voix chargée d'émotion.
- Oui... Elle tourna la tête vers sa voix.
- A votre avis, que dirait Billy de tout cela ?
Billy était l'actuel petit ami de Brennan.
- Billy ?
- Oui, Billy...
Elle ferma les yeux durant de longues secondes...
- Billy ne sait rien de moi. Il n'a jamais pris la peine de...
- Temperance ?
- Oui ?
Il l'embrassa doucement, sondant la réceptivité de sa partenaire. Brennan répondit avec passion à ce baiser qu'elle semblait attendre depuis toujours.